Bien sûr il y a eu le Caire foisonnant, la douce Alexandrie, la mythique Thèbes
ou encore la paisible Assouan. Bien sûr. Et pourtant, l’expérience dont je rentre à peine, celle du désert, celle là supplante les autres. Non pas qu’elle les dépasse mais elle se range plutôt
dans la catégorie des « incomparables ». Je ne peux comparer mon expérience du désert à aucune autre.
J’ai vécu deux jours d’une rencontre unique avec moi-même et surtout avec l’immensité de la nature, tellement grande qu’elle pourrait
écraser mais choisit plutôt d’éblouir. Elle jette toute sa perfection et sa magnificence au visage de l’humble voyageur qui hésite entre la peur d’être anéanti par tant de puissance et le désir
irrépressible de se fondre dans ce grand tout parfait pour retrouver l’essence de l’unité, enfin à portée de main.
Et pourtant, rien n’était gagné d’avance. Après avoir, avec le plus grand culot,
quitté mon travail à 15h30, j’ai rejoint mon amie Hendy (rencontrée au cours d’arabe) direction la gare routière Monib. Je passe les détails du trajet en taxi mais surtout de l’atroce
’intoxication alimentaire dont j’ai été victime et qui s’est manifestée dans les toilettes pestilentielles de cette gare, ou plutôt ce dessous de pont, si tant est que l’on puisse appeler cela
une gare ! Bref, pour faire court j’ai été malade tout le long de ce trajet interminable qui dura en tout près de 5h, très certainement les 5 plus longues heures de ma vie…
Aux alentours de 22h nous avons donc été accueillies par Elizabeth, autre comparse du cours d’arabe. Cette dernière ayant élu domicile
dans l’oasis de Bahariya. Si Elizabeth n’est plus toute jeune, une chose est sûre, elle est toute libre ! Sa vie n’est que l’illustration de ce besoin indomptable de liberté, d’espace,
d’air. Après y être venu en vacance, elle a décidé d’installer son camp de base dans cette oasis où, effectivement, il fait bon vivre.
Nous n’avons pas fait long feu. Personnellement, après avoir péniblement réussi à atteindre mon lit, j’ai aussi tôt sombré dans un
sommeil proche du coma éthylique nécessaire au repos de mon organisme fortement éprouvé.
C’est beaucoup plus fraîche que j’ai abordé la journée du lendemain. Mahmoud, l’ami d’Elizabeth, jeune guide de 23 ans avec néanmoins
déjà dans ses bagages 7 ans d’expérience de conduite dans le désert, une ex-femme et un petit garçon de 2 ans (!) est venu nous chercher vers 9h. L’oasis était calme, sereine, ses belles
couleurs orangées et la chaleur sèche m’ont tout de suite apaisée.
Nous avons donc tracé la route à bord du 4x4 de Mahmoud. Notre équipée comprenant le dit Mahmoud, un ami à lui, Karim, puis à
l’arrière, de droite à gauche (en regardant la route !) Elizabeth, Hendy et moi. Pour la première fois j’allais découvrir, me confronter à ce désert dont j avais tant entendu
parler.
Les paysages se sont succédés, allant crescendo du beau vers le magnifique puis le sublime et enfin l’indicible. D’abord le désert noir
appelé ainsi à cause des roches volcaniques de couleur noire qui le recouvrent. Vint ensuite la montagne de cristal où le sable et la pierre se sont cristallisés formant parfois jusqu’à des
stalagmites de cristaux de roche, grandiose. Et enfin le désert blanc, couvert de craie blanche immaculée. On pense tantôt au grand canyon du Colorado tantôt aux décors de Star Wars ! Un
vrai dépaysement.
Lorsque le soleil a commencé à décliner, nous nous sommes mis en quête de l’endroit idéal
pour monter notre camp pour la nuit. Une fois notre emplacement choisi par Mahmoud, je suis montée sur un rocher pour profiter – de façon très égoïste et pourtant tellement reliée au monde – d’un
magnifique coucher de soleil qui a embrasé les dunes et les montagnes de craie alentours, passant de l’orange au rouge vif puis au fuchsia et enfin au rose pâle. Magique ! Un authentique
camaïeu divin.
Mahmoud et son acolyte nous ont ensuite préparé un délicieux repas et c’est autour du feu de camp – renonçant à ma décision de rester
éveillée pour apercevoir un des nombreux fennecs présents dans les parages – que j’ai sombré dans un sommeil tranquille ; protégée par les chaudes couvertures en poils de chameaux mais
surtout par l’immense voûte étoilée, incroyable étendue d’étoiles qui m’a remise à ma place d’humaine tout en titillant le terreau fertile de mes questions existentielles ( !!)
.
Et lorsqu’entre deux périodes de sommeil j’ai ouvert les yeux vers 5 heures du matin, ça a été pour voir les longues chaînes que
formaient les traces des pattes du fennec qui était venu nous rendre visite pendant la nuit. Ce dernier était passé à quelques centimètres de ma tête. Cela m’a un peu attristée et j’avoue que je
m’en suis voulu de ne pas avoir lutté plus fort contre le sommeil afin de pouvoir voir l’énergumène en direct ; mais en même temps qu’il fut bon de se laisser glisser, bercée par la chaleur
du feu, vers un repos bien mérité.
Après une petite toilette de chat et un bon petit déjeuner (du foul essentiellement !), nous avons repris la route. Mahmoud s’est
amusé à slalomer entre les dunes puis, au détour de l’une d’entre elles, il a freiné pour nous laisser découvrir en contrebas un dénivelé de plusieurs centaines de mètres….un vrai canyon,
comme chez les ricains !
L’immensité d’une extravagance de la Nature à couper le souffle.
Puis, après avoir cherché encore quelques flower stones (ces petits cailloux noirs
qui font penser à des fleurs), nous avons repris le chemin de l’oasis en début d’après-midi.
Une fois revenus à Baharriya, Mahmoud nous a alors conduits dans sa famille. Certes ils ne sont pas riches, une joyeuse tribu de
modestes bédouins, mais ils ont tout pour vivre bien : un toit sur la tête, un jardin, des poules, des canards, des dattiers, des fruits, des légumes et du riz production
maison…
Et la vie s’écoule doucement à l’ombre des palmiers. Le travail faisant partie de la vie et inversement, une caractéristique de ce
monde méditerranéen à laquelle j’aspire tant !
Nous calant sur le rythme local, nous sommes donc allées tremper nos pieds dans une source d’eau naturellement chaude…un vrai régal.
Puis nous avons été invitées à partager le repas familial. Nous avons donc mangé à l’égyptienne : un grand plat posé à même le sol dans lequel chacun plonge la main en quête de sa pitance.
Je me suis sentie accueillie, entourée. Et mes modestes progrès en arabe m’ont permis un petit dialogue avec la maîtresse de maison, Om (maman), vieille femme dont la bonté et
l’amour irradiaient.
Puis repus, aussi bien nos ventres que nos yeux, nos têtes et nos cœurs, nous avons pris le chemin du retour vers le Caire ;
escortés par une magnifique boule rouge qui avait décidé de se coucher juste au milieu de la route qui nous faisait face….splendide ! A l’image de ce week-end qui restera, pour longtemps je
pense, une parenthèse enchantée, une bulle hors du temps, un espace protégé où j’ai touché, pour quelques brefs instants, l’infini de ce monde...et en suis sortie grandie !
Pour aller plus loin : l'ensemble des photos est disponible dans la rubrique "Photos - Egypte".